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squisse
d'Histoire du Fantastique
Avant-Propos - Baroques
& Classiques - Lumières du XVIII - Roman
gothique anglais - Strum & Drang allemand
- Romantisme anglais - Romantisme
en France - Romantisme et Amérique
-Post-romantisme victorien
- Préraphaélites et fantastique
Victorien - Réactions post-romantiques
et pré-décadentisme en France - Décadentisme
en France- Décadentisme Britannique
- Décadentisme Américain-
Dadaïsme et Surréalisme - L'Ecole
Belge - Après-guerre en France - Après-guerre
en Amérique - Epilogue.
vant-propos.
Je tente ici de présenter une vue synthétique de l'histoire du
fantastique, un petit panorama (pour reprendre le terme de Baronian) afin de
fournir quelques repères chronologiques. Sont malheureusement ignorés
de cette esquisse le fantastique russe, italien, espagnol.
| our
l'instant, cette ébauche court jusqu'autour de 1870.
vant de commencer
un tel panorama, il nous faut déterminer quel est notre point de
départ. Se pose donc la question de ce qu'est le Fantastique. Définir
le fantastique est problématique (vous pouvez consulter la page
Définition pour vous en rendre compte), tant ses frontières
sont mouvantes. Cette mobilité même de ses frontières
est un des traits définitoire du fantastique. Mais cependant, à
défaut de savoir définir le fantastique, on le
ressent, on perçoit sa présence ; chacun est capable intuitivement
de reconnaître le statut fantastique d'un texte.
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Saturno
devorando a un hijo,
par F. Goya |
a
littérature fantastique est toujours imprégnée de surnaturel,
cependant, la présence du surnaturel dans un texte ne suffit pas
à faire de celui-ci un texte fantastique. Ainsi, les histoires issues
du folklore et qui présentent des revenants et des âmes en
peine, des fées et des farfadets, des korrigans et des gnomes ne
sont pas, la plupart du temps, des récits fantastiques. De même,
les mythes, qui mettent en scène dieux, héros et créatures
fabuleuses, n'appartiennent pas au domaine du fantastique. L'intervention
du surnaturel n'est que l'une des critères pour qu'il y ait Fantastique.Opposons
ces types de textes traditionnels que je viens de mentionner à des
textes reconnus unanimement comme fantastiques. On constate que dans l'univers
de ces textes traditionnels le Surnaturel est parfaitement admis. En revanche,
dans l'univers des histoires fantastiques, le Surnaturel est inadmissible.
Le critère qui se dégage ici est donc celui de la croyance
ou de la non-croyance au Surnaturel. Ceci explique que cette littérature
fantastique n'émerge que dans la laïque société
occidentale moderne. On peut mettre à l'épreuve ce paramètre
en le confrontant aux histoires chinoises de fantômes, qui apparaissent
comme non-fantastiques, puisque mettant en scène un surnaturel admis,
tant par la société chinoise qui produit ces textes que par
les personnages de ces histoires. |
Baroques et Classiques |
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e
XVIème siècle a vu nombre de récits cruels, dont le
plus célèbre est "Les Tragiques" d'A. d'Aubigné.
C'est la littérature d'une société qui sort traumatisée
d'une longue guerre civile, société qui voit ses valeurs et
ses croyances profondemment remises en cause. Cette littérature,
parce que issue d'une société croyante, n'est pas à
proprement parler Fantastique, cependant, elle est à comparer à
la littérature cruelle qui fleurira à la fin du XIXème
ainsi qu'au théâtre de Grand Guignol; |
Détail
du Massacre de la Saint-Barthélémy, d'après
F. Dubois |
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ans
le premier tiers du XVIIème, à l'époque de la Fronde,
l'esthétique baroque joue de clairs-obscurs, de faux-semblants,
de deséquilibres, de trompes-l'oeil, d'oxymores, de rapprochements
des contraires. Si l'on admet que le baroque est beaucoup plus qu'une
catégorie historique, qu'il est une catégorie esthétique
trans-historique qui fait périodiquement retour, alors le Fantastique
est un mode essentiellement baroque.
|
U
XVIIème comme au XVIIIème, l'un des jeux que pratique l'aristocratie
consiste à réécrire des contes populaires issus de
la tradition orale. L'écriture narrative à cette époque
étant régie par les règles classiques, on est cependant
souvent assez loin du conte populaire, à l'exception notable de Ch.
Perrault. Mais cette pratique de transposition du conte (de l'oral à
l'écrit, mais aussi du registre populaire à un registre noble)
est à retenir dans l'émergence du fantastique.
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umières
du XVIIIème |
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ne
vague philosophique secoue les bases de la société traditionnelle
au XVIIIème siècle. Ces philosophes du XVIIIème sont
les successeurs des libertins libre-penseurs du XVIIème, Voltaire
est héritier de Cyrano. Cette vague part d'Angleterre, passe en France
et s'étend dans toute l'Europe. Ces bases que bouleversent les philosophes
sont d'abord les bases religieuses. Le reste - politique, économique,
social - en découle. Dieu est exclu de la Raison. C'est un bouleversement
majeur de toute la société occidentale. La vague philosophique
a pour conséquence la vague révolutionnaire. Espoir énorme
en l'Homme. Et puis Terreur, Dictature de Bonaparte, Défaite et Restauration.
Notons qu'un Voltaire affectionne le conte philosophique. Cette forme retient
notre attention car un très grand nombre de recueils de nouvelles
fantastiques portent la mention "contes" et que d'une certaine
manière, le conte fantastique est un anti-conte philosophique. Le
Diable Amoureux (1772), de Jacques Cazotte, que Ch. Nodier a présenté
comme premier roman fantastique français, est d'abord un conte anti-philosophique,
un texte anti-voltairien. |
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Don Juan et le Commandeur,
Fragonard |
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oman
Gothique anglais : Seconde moitié du XVIII |
| Dans la seconde moitié
du XVIIIème, Young avec les " Nuits " ( 1742 ), donne
le jour à une poésie funèbre, nocturne, à
la fois mélancolique et onirique. En 1764, en Angleterre, naît
le roman gothique avec "Castle
of Otranto", de H. Walpole. Le succès est considérable
et déclenche une vogue gothique qui durera jusque vers 1820. La
préface de Walpole esquisse les prémisses d'une démarche
romantique et montre qu'il est influencé par l'ouvrage de Burke,
"Philosophical Enquiry
into the Origin of our Ideas of the Sublime and the Beautiful",
parut en 1757. Il est remarquable que le terme "gothique"
renvoit à une époque médiévale. Il faudra
s'en souvenir à propos des Pré-Raphaélites.
Parmi de nombreux auteurs, Ann
Radcliffe s'est imposée comme la mistress du genre.
On retiendra aussi Maturin pour son "Melmoth
the Wanderer" (1820). En 1795, Matthew Lewis publie "The
Monk". C'est à mon sens le premier roman fantastique,
dans la mesure où Lewis laisse entendre que Dieu, c'est le Diable.
Le roman gothique finit cependant par s'épuiser. D'une part parce
qu'il finit par n'être plus qu'une recette aux ingrédients
facilement énumérables : chateaux en ruines à
couloirs secrets, à oubliettes et à faux fantômes,
avec un "villain" qui harcèle une jeune innocente.
D'autre part parce que Radcliffe a imposé par sa prééminence
un roman gothique où le surnaturel est réduit à un
artifice, à un trucage. |
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Horace Walpole |
turm
& Drang allemand : fin du XVIII |
ERS
1780 naît, en Allemagne, le "Sturm und Drang", mouvement
qui compte dans ses rangs Goethe,
Ludwig
Tieck,
A. Von Arnim, Novalis.
Ces poètes cherchent à retrouver la poésie de la
tradition populaire, qui, parce que plus "primitive", est conçue
comme plus proche du modèle divin originel. Ce faisant, ils sont
à la recherche de "l'âme allemande". Les frères
Grimm collectent un grand nombre de récits populaires qu'ils réécrivent
plus ou moins, L. Tieck.fait intervenir de nombreux éléments
de folklore dans ses récits, Goethe
et A.
von Arnim réécrivent l'histoire de Faust à partir
du Volksbuch
von Doktor Faust (1580).
Par ailleurs, bon nombre de ces récits privilégient le cadre
médiéval. C'est probablement conforme à cette même
intention de retrouver par une poésie "primitive" l'âme
allemande. De fait, le récit populaire est souvent considéré
par les lettrés comme le témoignage d'un temps révolu,
comme une survivance. Cet éloignement dans le temps a la même
fonction que son "éloignement" en milieu rural : il s'agit
de retrouver dans la poésie une pureté primitive perdue.
Ces éléments montrent a contrario de la part de
ces poétes une forte insatisfaction vis-à-vis du monde présent.
Par la suite, l'attention des poètes allemands se tournera davantage
vers la Grêce antique plutôt que vers le folklore national,
mais le fond de la démarche reste le même : retrouver la
pureté primitive de la poésie, retrouver une pureté
primitive de l'Homme.
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Illustration de Delacroix pour le Faust de Goethe. |
Ces éléments intéressent
le Fantastique à plusieurs égards : d'une part parce que les
récits fantastiques réutilisent très fréquemment
des créatures surnaturelles empruntés au Folklore, d'autre
part parce que nous retrouverons de proche en proche ce cadre médiéval
tout au long de l'histoire du fantastique, enfin parce que cette "forte
insatisfaction vis-à-vis du monde présent", qui a pour
corollaire l'exaltation de l'imagination (la "reine des facultés"
selon Baudelaire), me semble être un des principaux moteurs du Fantastique.
Cette démarche poétique vise donc à retrouver et à
rétablir le lien perdu entre l'Homme et la Nature, entre l'homme
et Dieu. C'est d'ailleurs dans la Nature que ces poètes veulent trouver
la preuve de la présence de Dieu. L'idée romantique du poète
visionnaire (Le Visionnaire,
titre d'un roman de Schiller), capable de transcire les signes de Dieu qui
sont dans la nature est une idée issue du "Strum und Drang"
allemand. Notamment chez Novalis s'esquisse l'idée du poète
possédé par l'inspiration, qui peut réconcilier l'homme
et la nature. Cette inspiration - d'essence divine - fait du poète
un phare, un prophète pour les hommes. Le rêve occupe une place
particulière dans cette poétique du Sturm & Drang dans
la mesure où il est le signe de l'alliance entre le poète
et Dieu.
Cette influence allemande pénètre en France sous l'impulsion
de Madame de Staël avec "De l'Allemagne" en 1810. Le poème
de Baudelaire, Correspondance, est sous cette influence allemande
: La nature est un temple... Quant à l'Aurélia de
Nerval, certains de ses passages sont directement traduits de Novalis. |
omantisme
anglais : fin du XVIII
|
lusieurs
auteurs anglais se sont engagé dans l'exploration de l'âme
à la fin du XVIII, tel que Samuel Richardson, avec Pamela,
Tobias Smollett, avec Les Mémoires d'un Vaurien,
et même, à sa manière Laurence Sterne, avec Tristram
Shandy, ce dernier se présentant au fond comme une parodie
du genre. Ces romans sentimentaux et d'aventures, l'emergence du goût
pour les antiquités nationales - lui-même influencé
par le Strum & Drang allemand - et enfin le roman gothique
vont constituer le terreau sur lequel va naître le Romantisme
Anglais.
a
nouvelle école lakiste (de l'anlais lake, le groupe
ayant décidé de vivre près du Lake District) est
influencée par l'idée allemande selon laquelle l'homme
peut entrer en communication avec la Nature, autrement dit avec Dieu.
Wordsworth, Coleridge, Southey, Keats, Shelley, Wilson sont les principaux
représentants de ce courant qui se manifeste en 1798 avec la
publication d'un recueil collectif anonyme de Ballades Lyriques.
Notons que S T. Coleridge est l'auteur de The
Rime of the Ancient Mariner, vaste poème fantastique publié
dans les Ballades Lyriques, que J. Keats a écrit Hyperion,
Lamia,
que P.B. Shelley a produit Alastor.
Bref, le fantastique est loin d'être absent de l'école
lakiste. De plus, le fantastique semble être inhérent à
la démarche romantique. Le lyrisme de l'âme moderne requiert
l'évocation du surnaturel.
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la fois influencé et en opposition avec le Strum & Drang et l'école
lakiste, surgit le héro byronien. Dans les années 1810, Byron
publie plusieurs pièces qui vont avoir un succès considérable.
Le héros byronien est un déplacement du "villain"
gothique. Finalement, la pâle et mièvre figure de la victime
présentait moins d'intérêt que l'inquiètante
ombre du persécuteur. C'était déjà la leçon
qu'on pouvait tirer de Pamela (1740) de Richardson ou de la Carrière
d'un vaurien de Tobias Smollett. Le héros byronien est un "villain",
un vaurien, mais il est rejeté, incompris, exilé, monstrueux,
victime. Sa beauté et son handicap sont d'essences diaboliques. Le
héros byronien est un héros luciférien, en lutte contre
Dieu et frappé à cause de cela même. Ses parents sont
le Diable de Milton dans Paradise
Lost et Don Juan affrontant le Commandeur. C'est le type même
du héros anti-héros romantique. |
Illustration pour Manfred,
de Byron |
n
1802, Walter Scott publie trois recueils de ballades écossaises,
Les Chants des Menestrels de la Frontière Ecossaise,
recueils composés de pièces populaires qu'il a collectées
et réécrites pour partie. En cela il imite la démarche
des frères Grimm. C'est le début d'une carrière
très prolifique, comprenant d'abord plusieurs romans évoquant
le passé récent de l'Ecosse. Puis, partir de 1820, avec
Ivanohé, il écrit son premier vrai roman
historique. Le Moyen-Age y est largement représenté, les
moeurs et les coutumes font l'objet d'une observation qui se veut attentive.
Scott est proche des poètes lakistes, en particulier de Wordsworth.
Il a publié divers essais, dont plusieurs intéressent
l'amateur de Fantastique : Lives
of the Novelists (1821-1824), Essays on
Ballad Poetry (1830), Letters
on Demonology and Witchcraft
(1831) ainsi que, en 1828, un article intitulé On
the Supernatural in Fiction Composition.
L'influence de Walter Scott est gigantesque. A titre d'exemple, Marmion
ou la bataille de Flodden-Field est réédité
neuf fois en Angleterre, entre 1808 et 1820, date à laquelle
il est traduit et publié en France. The Pirate, publié
en 1821 est traduit et publié en français en 1822 et à
nouveau en 1823. En 1830, quand on publie l'intégrale de ses
romans, cela représente quarante-huit volumes. Enfin vers 1835,
A. J. B. Defauconpret publie une traduction intégrale de Scott.
Ces données illustrent la diffusion de son oeuvre. Son empreinte
est immense dans le génie de Balzac, tout particulierement sur
son premier grand roman, Les Chouans (1829), mais aussi
chez un auteur comme Barbey d'Aurevilly pour L'Ensorcellée
(1852), ou encore chez Georges Sand.
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omantisme
en France |
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| out
ce brassage d'idées nouvelles, tout à la fois esthétiques
et éthiques, du Strum & Drang allemand à Walter
Scott, en passant par le roman gothique, le Lakisme et Byron, va naturellement
se rencontrer en France au début du XIXème, où le
roman gothique est très populaire dans les années 1810 et
où Walter
Scott est l'auteur phare jusqu'en 1829.
Ce bouillonnement va donner lieu à un courant dit frénétique
(anciennement orthographié phrénétique :
de l'âme). Il est sous la double influence du roman gothique et
de Walter Scott. Ce courant frénétique se caractérise
par une saturation des accessoires du roman gothique : ce n'est que fantômes
mugissants, squelettes surgissants, bandits sanguinaires, donjons, trappes,
souterrains, oubliettes.
Un roman du vicomte d'Arlincourt, Le
Solitaire (1821) connait un succès considérable, est
adapté au théâtre où il influencera les premières
pièces d'un A. Dumas. Victor Hugo illustre également le
genre frénétique avec l'un de ses premiers romans, Han
d'Islande (1822). Enfin, plusieurs textes de Charles Nodier témoignent
du genre : Smarra
(1821), que Nodier reconnait devoir emprunté à Apulée
et qui doit à l'influence allemande d'un Novalis, Trilby
(1822), qui doit beaucoup à Walter Scott, Les
Aventures de Thibaut de la Jacquière (1822) plagiat d'un extrait
du Manuscrit
trouvé à Saragosse (1813) du polonais Potocki et
encore le très étonnant Histoire
du Roi de Bohème et de ses sept chateaux (1830), imitation
et hommage au Tristram Shandy, de Laurence Sterne.
1829 est la date de la traduction des contes de E.T.A. Hoffmann
par Loeve-Veimar. Ce dernier traduit "Phantasiestücke
in Callots Manier" (morceaux de fantaisie à la manière
de Callot) par "Contes Fantastiques". Cette date marque
l'acte de naissance du "fantastique classique" en France. Le
terme s'impose dans l'usage.
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n
1830, foin du roman gothique qui s'étirait en parodies frénétiques
de lui-même, tout le monde fait du fantastique. Les diables, à
la mode, sont d'ailleurs partout et en particulier - signe des temps - sur
la publicité dans les vitrines, les journaux et les vignettes des
revues. Th.
Gautier, lui-même grand expert en effets macabres, s'en moque
gentiment dans ses Jeunes-France
(1833). Cette mode fantastique coïncide avec la naissance du Romantisme
en France (Préface de Cromwell, 1827). On notera que l'exaltation
par Hugo
des constrastes saillants et du grotesque est à rapprocher de l'esthétique
baroque.
Et puis, comme toute mode, cet engouement s'estompe pour connaitre un vague
sursaut autour de 1850 notamment avec l'Aurélia
de Nerval et les Fleurs du Mal de Baudelaire,
recueil qui contient un grand nombre de poèmes fantastiques. Il faut
attendre les années 1880 pour voir un retour en force du Fantastique.
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omantisme
& Amérique : naissance d'un folklore. |
n
Amérique du Nord, la littérature est, jusqu'à l'indépendance
(1776), une littérature importée du vieux continent ou d'imitation
des canons de la littérature anglaise. Hormi cette littérature
sous influence, il me semble que la littérature américaine
est sous le signe du Voyage, de la conquête de l'Ouest, de la Périgrination.
En effet, les premiers textes à proprement américains sont
les textes qui font le récit de la conquête, de Christophe
Colomb au récit de la première traversée du continent
par Lewis & Clark, entre 1804 et 1806. L'histoire de la colonisation
de l'Amérique fonde sa littérature nationale .
itons cependant Wieland
de C. B. Brown, en 1789, que l'on peut considérer comme le premier
roman fantastique proprement américain, dans la mesure où
ce récit fantastique se passe effectivement en Amérique.
Avec le début du XIX, le courant romantique a diverses influences
sur la littérature amérique. Parmi ces influences, citons
le goût pour une littérature nationale fondée sur
un patrimoine populaire. Peu à peu va donc s'amorcer une littérature
nationale proprement américaine. W.
Irving illustre bien cette mutation, en particulier pour son Histoire
de New-Amsterdam très influencée par W. Scott. Ses contes
d'un voyageur comprenne quelques récits fantastiques influencé
par le folklore européen. Mais il est également l'auteur
de quelques récits empruntés au folklore américain.
Il est enfin le compilateur du récit de la fondation d'Astoria
(1810-1814), sur la côte pacifique.

es héros civilisateurs de Fenimore Cooper incarnent aussi un certain
romantisme. Au travers des figures héroïques du trappeur et
de l'indien, Cooper exalte un mode d'existence fondé sur la communion
de l'homme avec la nature, la réintégration d'une primitivité
conçue comme idéale. Sa représentation des indiens
est toute imprégnée des Lumières du XVIII. C'est
par la suite, lorsque les colons s'étendront vers l'ouest à
la recherche d'or et de terres, que les indiens vont prendre une couleur
nettement diabolique.
a
situation religieuse des colonies en Amérique jouent également
un grand rôle dans sa littérature. En effet, nombre des migrants
anglo-saxons du XVII fuyaient des persécutions religieuses. Ces
migrants se sont organisés en communautés fondés
sur les mêmes confessions. Parmi eux, des puritains, chez lequel
l'enthousiasme biblique et la référence constante à
l'ancien testament font de l'Amérique la terre promise, et de ces
migrants, le peuple élu. Mais la menace satanique est omniprésente
: les autres. Tout autour de la sphère définie
par une communauté puritaine, il y a l'espace sauvage de la forêt,
sauvage, inconnue, chaotique, où rodent les diaboliques indiens.
Nathaniel Hawthorne
met en scène ces communautés puritaines dans plusieurs de
ses récits, notamment dans Young
Goodman Brown et dans The
Scarlet Letter, et ce avec un grand art du Clair-Obscur. C'est la
grande leçon que l'auteur de Moby
Dick, Melville, retiendra de Hawthorne : son art du clair-obscur parvient
à donner une tonalité allégorique à la plupart
de ses histoires.
dgar
Allan Poe, qui publie ses premiers textes vers 1830, en même temps
que Balzac et la naissance du romantisme
français, est à la fois bien et mal connu du public français.
Bien connu, car il a été introduit assez tôt en France,
notamment par Baudelaire qui a activement contribué à faire
connaître E.A. Poe dans lequel il voyait un double de lui-même.
Mal connu du public français, car l'image de Poe ne parvient que
difficilement à se détacher de l'imagerie que lui a prêtée
Baudelaire. Il a relayé avec un enthousiasme excusable la biographie
calomnieuse de Griswold, faisant de Poe un poète maudit. Baudelaire,
romantique enthousiaste, n'a pas vu la distance et l'ironie de Poe à
l'égard du Romantisme. Car là où Poe fait du romantisme,
c'est dans un esprit de parodie mais Baudelaire y voit du romantisme magnifié.
Ainsi, Metzengerstein
illustre nettement un cas d'imitation de conte romantique anglo-allemand.
Il y a un profond goût du canular chez Poe,
comme par exemple avec The
Case of M. Valdemar. Ce faisant, par un effet de saturation romantique,
Poe s'impose comme un très grand maître du genre fantastique.
On a là un phénomène à comparer à ce
qui se passe avec le roman frénétique : le traitement parodique,
qu'il soit burlesque et grotesque, a difficilement raison du Fantastique,
qui en sort au contraire renforcé. C'est probablement l'indice
que le Fantastique est un bien un Mode essentiellement Baroque, et peut-être
aussi qu'il a une essence carnavalesque.
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ost-romantisme
victorien |
| Vers la fin des années 1830, les principaux acteurs du
romantisme anglais ne sont plus. Une nouvelle génération
prend la relève, dans une société où l'intense
industrialisation jette des milliers de miséreux à la rue.
La précarité de la classe ouvrière va susciter les
travaux de F. Engels et de K. Marx. Cette nouvelle génération
comprend dans ses rangs Thomas Carlyle, Alfred Tennyson, Charles Dickens,
Elizabeth Gaskell et Charles Kingsley. Dans ce courant réaliste
qui court de la fin des années 1830 et 1850, attaché à
décrire une réalité sociale pénible, la production
de récits fantastiques en Angleterre semble connaître un
net recul. Signalons cependant dans cette période la Confession
of a Thug, de P. M. Taylor, en 1839, récit pseudo-ethnologique,
pas directement fantastique d'ailleurs, qui a marqué les esprits
et auquel divers romanciers font allusion, dont Balzac et R.E. Howard.
C'est au cours de ces mêmes années 1830-1850 que l'Angleterre
connait l'émergence d'un courant religieux qui tend à un
rapprochement avec le catholicisme, au moment où l'on constate
que la moitié des anglaiss n'a plus de pratique religieuse. Ce
courant, qui est l'expression d'une crise idéologique dû
à la brutale industrialisation de la société anglaise,
consiste au fond à se référer à un état
de civilisation antérieur au protestantisme, autrement dit à
la société du Moyen-Age. On voit quel lien peut s'établir
avec l'époque de prédilection du roman gothique. |
ré-raphaélites
et Fantastique victorien |
| n
1848 , en Angleterre, un groupe de peintres, sculpteurs, poétes
et critiques d'art fondent la Confrérie
Préraphaélites. Ce groupe veut retrouver la pureté
des peintres antérieurs à Raphaël. Cette attention
portée à une période antérieure au début
du XVIème siècle, donc au XVème siècle et
au moyen-âge en général est dans la continuité
de l'esthétique gothique de la fin du XVIIIème
anglais. Sir John Everett Millais peint Shakespeare avec La mort d'Ophélie
(1852),G. Dante Rossetti peint Dante Alighieri avec Beata Beatrix
(1863).Ces préraphaélites sont eux-mêmes souvent proche
du courant de renouveau
catholique qui agite alors l'Angleterre. Ce courant catholique est au
fond lui-même l'écho du néo-paganisme naturaliste
ayant émergé avec le Sturm & Drang et repris pour partie
par les Lakistes. Il est d'ailleurs plus ou moins sous l'influence d'illuminés,
notamment Swedenborg. Ce courant intéresse l'histoire du Fantastique
: il montre tout au long du XIX une tentative de réintégration
de l'homme dans la nature et dans la création. La question de la
Transcendance et par conséquent du Surnaturel est bien au coeur
du problème
Les pré-raphaélites trouveront un echo exaspéré
chez les décadents et auront une grande influence sur les courants
symbolistes de 1880.
près
sa mise en sommeil lors du courant naturaliste des années 1840,
le fantastique anglais semble réapparaitre
vers 1850. La peinture sociale en est toujours l'objet. Mais le surnaturel
y reconquiert sa place.
L'un des motifs récurrent de cette littérature victorienne
est celui de l'illégitime spoliation de la succession. Ce n'est
qu'histoire d'oncles dépouillant leurs neveux ou leurs nièces.
Dans cette perspective, Sh.
Le Fanu est assez prototypique, en particulier son Oncle Silas.
Le Fanu, un gothique sous influence Brontë (1847).
Chez Dickens,
un enfant occupe très souvent la position centrale, et ce qui est
mis en scène, c'est un rapport d'exploitation par un adulte. C'est
donc un schéma très similaire à celui de Le Fanu.
Parmi les textes de Dickens, on trouve quelques textes fantastiques, dont
des contes de Noël, mais au fur et à mesure de son oeuvre,
la tonalité, la couleur, l'atmosphère, bref son écriture
est de plus en plus fantastique.
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éaction
post-romantique et pré-décadentisme en France. |
| n
1855, Gérard de Nerval se pend avec une ceinture qu'il a acheté
aux puces et qu'il croît être celle de la Vierge. Traducteur
du Faust
de Goethe, de Novalis, une forte influence allemande se fait sentir chez
Nerval. On lui doit un roman fantastique, Aurélia,
et plusieurs contes et nouvelles. Sa mort peut marquer la fin du Romantisme
de 1830.
utre
articulation, la publication des Fleurs
du Mal en 1857 par Charles Baudelaire, recueil qui comprend bon nombre
de pièces fantastiques. Ses sujets morbides et érotiques,
voire vicieux et sordides, choquent. Il est poursuivi en justice et condamné
pour immoralité. Baudelaire est un romantique exaspéré
pour qui "l'imagination est la reine des facultés"
et dont le lyrisme est sans frein (Mon coeur mis à nu). Il est
remarquable qu'il ait également été le traducteur
-adaptateur des Confessions
of an English opium-eater de Th. de Quincey et des contes d'Edgar
A. Poe. Or, avec ces deux auteurs, il me semble que l'on a affaire à
une parodie du romantisme. Quoiqu'il en soit, Charles Baudelaire apporte
avec les Fleurs du Mal, d'après Victor Hugo lui-même,
"un frisson nouveau". Condamné et exilé,
drapé de son aura de poète maudit et de libertin repenti,
il aura une influence considérable sur la génération
décadente. Son fantastique, surgit du quotidien de la vie réelle
et ordinaire, est plus intérieur, plus intime que celui des romantiques
de 1830. Finalement, Baudelaire marque un nouvel aboutissement de l'émancipation
romantique à l'égard du classicisme. En effet, le romantisme
français avait du mal à s'extirper du style "noble"
et du respect des bienséances, d'une certaine aisance mondaine
et d'une verve aristocratique souriante et détachée, traits
qui, chez lui, sont balayés. Avec Baudelaire, le Lyrisme devient
fantastique, le Fantastique devient lyrique.
ans
la décennie précédente, entre 1840 et 1850, Balzac
s'etait imposé comme le grand maître du romanesque et avait
orienté le roman vers l'étude réaliste et l'analyse
des moeurs de la société. En 1850, cette école réaliste
constitue un courant majeur dans la littérature, et ce tout au
long de la seconde moitié du XIX. Ce courant, qui n'est guère
propice au Fantastique, présente cependant un grand intérêt
pour son histoire. Nous y reviendrons à propos d'Emile Zola. Cependant,
dans le champs du romanesque, à coté du roman réaliste,
le roman feuilleton populaire continue d'occuper une place importante
, avec des auteurs tels que Alexandre
Dumas, Paul
Féval, Alphonse
Karr. Dans ces romans marqués du sceau du roman gothique anglais,
le surnaturel occupe volontiers sa place, même si on a souvent affaire
en dernier ressort à un surnaturel expliqué.
es
Parnassiens, inspirés par Th.
Gautier entendent défendre et élaborer une doctrine
de l'Art pour l'Art. Cette doctrine, qui a l'Art pour seule finalité,
attache un soin très particulier à la forme et se défie
des élans lyriques. L'utilité de l'oeuvre est condamnée.
Cette doctrine s'oppose donc, par certains aspects, à la doctrine
réaliste. Gautier avait déjà défendu ces positions
à l'égard de l'utilité de l'oeuvre dans sa Préface
à Mademoiselle de Maupin, en 1835. Dans cette préface,
il défend une position au fond politique qui consiste à
s'opposer à la fonction politique éventuelle de l'oeuvre.
Il récuse sa destination moraliste, dans un contexte où
le roman est déjà devenu un objet de propagande, en particulier
dans les ouvrages destinés à l'éducation des jeunes
filles. Par ailleurs, dans la Préface
aux Grotesques (1844), Gautier défend les perles bizarres que
l'on peut trouver chez les petits-maitres du XVII. Ce faisant, il met
en exergue des auteurs baroques par opposition implicites aux "grands",
c'est à dire aux auteurs classiques. On sait combien Alexandre
Dumas, par le théâtre puis par le roman, avait mis l'accent
sur cette époque baroque. Finalement Th. Gautier, le héros
au gilet rouge de la bataille d'Hernani, prend avec le temps un
certain nombre de distances à l'égard du romantisme, en
particulier à l'égard de son lyrisme outrancier mais aussi
de l'imagerie du poète prophète inspiré. En contrepartie
et pour mieux s'en défier, Gautier privilégie le travail
acharné, minutieux et cependant humble et désintéressé.
e courant réaliste va peu à peu perdre pied face à
l'Art pour l'Art. La publication de Salammbô
par Gustave Flaubert, en 1862, peut marquer cette émergence de
l'Art pour l'Art dans le roman. Ce texte magnifique permet déjà
de souligner combien cette doctrine de l'Art pour l'Art tend à
la préciosité. Cette même année 1862, Th. Gautier
est nommé président de la Société des Beaux-Arts.
En 1866, paraît le Premier recueil du Parnasse Contemporain.
Puis en 1868, Th. Gautier est nommé bibliothécaire de la
princesse Mathilde qui tient un salon littéraire qui réunit
un très grand nombre d'artistes. A la veille de la guerre de 70
et des massacres de la Commune, Théophile Gautier est alors le
chef de file du courant esthétique dominant.
nfin, cette même année 1868, Lautréamont publie Les
Chants de Maldoror qui vont provoquer la stupéfaction et faire
l'effet d'une bombe. [à développer].
|
écadentisme
en France - 1884-1914 : |
|  our
beaucoup d'artistes et d'intellectuels, la défaite de 1870 et,
davantage encore, les massacres de la Commune consacrent l'echec de la
Révolution Française et sa confiscation au profit d'un ordre
bourgeois. Cet ordre bourgeois transforme de plus en plus rapidement la
société d'alors en société de production et
de consommation. Les massacres de la Commune sont le terreau commun à
partir duquel vont s'affirmer d'une part un courant de pensée socialiste,
anarchiste et syndicaliste, athée ou déiste, en tout cas
anti-cléricale, et d'autre part, simultanément, un courant
d'extrême-droite, catholique, cléricale et légitimiste.
Ces deux idéologies opposées partagent la haine de l'ordre
bourgeois de monsieur Thiers. Quinze ans après la Commune, sur
les ruines du Naturalisme qui lui a, au fond, ouvert la voie, émerge
le Décadentisme, qui durera de fait jusqu'en 1914, et dans lequel
on doit inclure le Symbolisme et l'Art Nouveau.
n
1871, Emile Zola initie le cycle des Rougon-Macquart. Son intention est,
par son cyle de romans, de faire une étude qui combinerait toutes
les sciences de l'Homme : psychologie, physiologie, sociologie, etc...
dans toute la complexité de leurs interactions. C'est le Réalisme
scientifique. Autour de Zola se crée un courant qui compte dans
ses rangs les frères Goncourt, Maupassant, Huysmans. Très
rapidement, Zola s'impose comme l'auteur phare. Le mot d'ordre est naturaliste.
n
serait donc ici à cent lieues du Fantastique. Cependant, dans l'écriture
de Zola, il y a simultanément à l'oeuvre, en particulier
dans ses descriptions, une manière épique qui tend naturellement
- c'est le propre de l'épopée - à l'exagération
onirique, ainsi que l'usage récurrent de divers symboles, notamment
des couleurs. En fait, Zola est, comme l'étaient les Romantiques
avant lui, à la recherche du Sens : il espère trouver, par
la voie naturaliste, ce qui fait le Lien. Ce n'est plus tout à
fait, comme chez les Lakistes et le Sturm & Drang, le lien qui unit
l'Homme à Dieu, c'est le lien qui unit l'Homme à la Création.
Mais du coup, la tentation du Symbole est constante chez Zola.
uysmans
publie en 1880 A vau-l'eau dans le recueil manifeste des naturaliste,
Les Soirées de Médan. Ce texte n'a certes rien de
fantastique, mais il occupe une place très particulière
puisqu'il témoigne déjà de ce que seront
les motifs récurrents du décadentisme. D'ailleurs en 1884,
Huysmans se détache de Zola, avec A Rebours
qui témoigne d'abord de ses doutes à l'égard de la
doctrine naturaliste. Ce roman, qui constitue une date clef de l'émergence
du décadentisme en France, en sera en outre la référence
constante, et ce jusque pour l'aesthicism, le courant anglais
du décadentisme . Dans ce roman s'affirme ce qui était déjà
nettement en germe dans A vau-l'eau : un fort sensualisme du héros,
une résurgence romantique, un style précieux.
e
dandy héros de A Rebours, Des Esseintes, est à la
recherche effrenée de sensations esthétiques nouvelles,
malgré des sens émoussés qui se doivent d'être
artificiellement pimentés pour pouvoir découvrir et éprouver
une sensation nouvelle ou forte, une jouissance. Mais l'artifice du plaisir,
censé aiguillonner cette jouissance, ne parvient qu'à la
rendre petite et sordide. Il y a dans ce sensualisme une impuissance
fondamentale et une frustration nourrie par l'appétit envahissant
du désir.
es
Esseintes est un double de Roderick Usher, le héros de E.A. Poe
(cf. The
Fall of the House of Usher) , mais un Roderick Usher baudelairien,
saturé de romantisme. Cette influence de Poe me semble particulièrement
notable, dans la mesure où, chez Poe, répétons-le,
l'écriture est parodique ou caricaturale. Usher est un concentré
de romantisme par l'intention même de parodie, mais de caricature,
il devient, via Baudelaire, modèle, allégorie du héros
romantique. Or, on a, avec A Rebours une forte résurgence
romantique. D'ailleurs, la construction éclaté du roman
est l'incarnation du sentiment romantique de morcellement, de pulvérisation.
Cette construction est un procédé relativement nouveau,
que Huysmans réutilisera dans Là-Bas ainsi que dans
La Cathedrale. De l'origine de ce procédé, on peut
peut-être en trouver des traces chez Ch. Nodier, dans son imitation
du Tristram Shandy de L. Sterne, L'histoire du Roi de Bohème
et Le Dernier chapitre de mon roman.
Enfin, le style de Huysmans, précieux, très riche, saturé
de couleurs, d'odeurs, de bruits, outre qu'il se marie souvent fort bien
avec ses sujets, est d'abord un style impressionniste ou qui rappelle
les oeuvres de Gustave Moreau. Huysmans est passionné par la peinture,
et il a écrit nombre de compte-rendus de peinture.
A partir de ce repère qu'est A Rebours, l'essor
du décadentisme va de pair avec le recul du naturalisme. En 1887,
le "Manifeste des Cinq" (qui compte notamment J.-H. Rosny comme
signataire) témoigne de l'hostilité grandissante à
l'égard de Zola, auquel on reproche sa suffisance comme chef de
file, et sa complaisance pour le trivial et le sordide. En 1891, Huysmans,
avec Là-bas,
confirme sa rupture avec le naturalisme. Il est touché par la misère
des classes laborieuses, scandalisé par l'émergence du grand
capitalisme et outré par la complaisance de l'Eglise à l'égard
des riches. A cet égard, il est proche de Zola. Cependant, là
où Zola croit au progrès, Huysmans est horrifié par
l'américanisation de la société et fasciné
par la société chrétienne médiévale
des XIIème et XIIIème siècle. Huysmans rêve
- probablement sans illusions - d'un retour à un ordre féodal
idéalisé où la sainteté de l'Eglise garantirait
un Ordre juste et légitime. On voit ce que cette pensée
a d'essentiellement réactionnaire. Elle évoque Charles Maurras,
Drieu La Rochelle, Bernanos.
ne
tentative de renouveau catholique traverse alors l'Europe. C'est dans
cette période que l'on voit en France réapparaître
des processions consacrées à la Vierge et que Jeanne d'Arc
est mise à l'honneur le 1er mai. C'est
un retour au culte des saints et à la médiation des anges
où l'accent est mis sur la Femme, sur la Vierge (voir Jules Bois,
Le
Satanisme et la Magie, 1895). A cet égard, c'est une prise
de distance vis-à-vis de l'influence strictement monothéiste
du Protestantisme, influence qui traversait le Catholicisme depuis le
XVIIème, mais c'est aussi l'indice d'un retour à une pratique
religieuse pré-protestante, c'est à dire médiévale.
Certains auteurs, et notamment Huysmans dans La Cathédrale,
sont frappés par le symbolisme manifeste des oeuvres religieuses
du Moyen-Age. Il semble y avoir là pour eux un voile à lever,
une clef mystique à déchiffrer. De
nombreuses sociétés secrètes armées de théories
ésotériques apparaissent, guidées par d'étranges
initiés comme le Sâr Peladan. Ces "grands initiés"
combinent mysticisme et syncrétisme qu'ils assortissent souvent
d'une dose plus ou moins grande d'érotisme. Ce syncrétisme
est d'ailleurs à la fois synchronique et diachronique : Védisme,
Hindouisme, Boudhisme, Tantrisme, Judaïsme, Islam, Paganisme pré-chrétien
qu'il soit pan-egyptien ou pan-celtique ou encore pan-germanique, il s'agit,
par la combinaison de toutes les formes de pensée religieuse et/ou
mystique, de retrouver les révélations divines dans leur
intégrité originelle. Il ne s'agit d'ailleurs pas tant de
prendre de la distance à l'égard du catholicisme que de
faire la démonstration de son universalité, tout en cherchant
à puiser aux origines même un légitimité reconquise.
La comtesse Blavatsky et sa Théosophie sont typiques de cette démarche.
L'érotisme occupe une grande place dans l'art décadent.
Mais les figures érotiques du décadentisme sont ambigües
et le plus souvent bivalentes : homosexualité feminine, inceste,
pédophilie, triolisme, sado-masochisme, travestissement d'hommes
en femmes ou de femmes en hommes sont des sujets assez fréquents,
mais ils se donnent à lire le plus souvent dans une fausse non-complaisance.
Le ton n'est pas moralisateur, quoique les textes jouent à laisser
entendre qu'ils contiennent une morale, qu'ils condamnent ce qu'ils dépeignent,
ou encore que plusieurs degrés de lecture sont à l'oeuvre.
Il semble d'ailleurs que ces textes dépeignent aussi des réalités
: des pratiques sexuelles certes, mais aussi et surtout des rapports sociaux
permettant ces pratiques (voir à ce propos l'article de Villiers
de l'Isle-Adam, Le
Sadisme anglais 1885). Cela étant, la récurrence du
thème montre que l'art décadent est fasciné par le
Sexe, entre attirance irrésistible et répulsion d'horreur,
et que cette fascination engendre une certaine cruauté : cru et
cruel (voir, toujours de Villiers de l'Isle-Adam, La
Torture par l'espérance). Là encore, l'influence catholique
joue à plein. A la suite de Baudelaire, Barbey d'Aurevilly souscrit
pleinement à l'affirmation de Sade selon laquelle il n'y a de jouissance
ET de pardon que dans le péché.
Dans
cette vague qui lie mystique et érotique, la Femme occupe une place
évidemment prééminente qui se cristalise en deux
grandes figures. D'une part la figure d'une Prostituée Sacrée
doublée d'une mante religieuse : Salammbô/Salomé est
le sujet de nombreux romans, pièces de théâtre, illustrations
ou tableaux. Gustave Flaubert avait ouvert la voie avec Salammbô
en 1862, texte parnassien qui témoignait déjà de
cette virtuosité d'un style précieux qui est caractéristique
du courant décadent. [revenir sur Salomé : Cf. la Chair,
la Mort et le Diable, Mario Praz ; Thème tragique qui conjugue
mort et érotisme, histoire antique et religion, récit au
carrefour de l'antiquité païenne et biblique ; saint Jean
Baptiste Orphée
D'autre part, un Messie féminin réconciliant l'Homme/la
Femme et Dieu, l'Homme/la Femme et la Nature, mais aussi
l'Homme/la Femme et la Société. C'est l'ambition majeure
de Renée Vivien, poétesse dites lesbienne, sous la férule
de Jean Charles Brun, félibre, grand spécialiste de la poésie
des troubadours, et l'initiateur du régionalisme en France. La
pensée de Jean Charles Brun est aujourd'hui fort mal connue. Cependant,
il est l'une des figures marquantes autour de 1900, tout particulièrement
pour son activité politique de régionaliste. Pour lui, la
Révolution Française n'a fait que consacrer les tares centralistes
(et la tendance capitaliste) apparues sous Louis XIII (comme par hasard,
Pierre Brun, son frère ainé, est un grand spécialiste
de la littérature de la Fronde). L'ambition profonde de J. C. Brun
est de réconcilier tradition et modernité, athés
et croyants, hommes et femmes. Il est catholique, et au fond monarchiste,
ce qui ne l'empèche pas de recevoir les compliments sincères
et chaleureux de députés socialistes. R. Vivien, qui a pris
des cours auprès de J.C. Brun et qui lui a fait corriger ses épreuves
pendant plus de dix ans, est imprégnée de cette pensée.
Sa poésie, certes amoureuse et lesbienne, se prête à
une multiplicité de lectures : sociale et politique, en ce qu'elle
interroge les rapports entre hommes et femmes, mais aussi religieuse,
mystique, à la manière des troubadours, qui chantent la
Vierge en chantant la Dame, à la manière d'un Omar Kahhyam
chantant Dieu en s'adressant au Bien-Aimé ou encore par l'image
du vin emplissant le verre, à la manière de Dante qui chante
Béatrice pour chanter le Bonheur.
L'art décadent, un art baroque.
Erotisme, Mysticime et Mystification : Barbey d'Aurevilly, Maupassant,
Villiers de l'Isle-Adam, K.J. Huysmanns, Jean Lorrain, Frédéric
Boutet ; Renée Vivien ; .
Baroque, Préciosité et Symbolisme : vers Mallarmé.
Le Grand Guignol au théâtre ;
|
écadentisme
britannique : |
|
 ans
les années 1860, le poète Swinburne
se montre influencé par Baudelaire et par les pré-raphaélites.
Sa versification rigoureuse répond aux exigences de l'art pour
l'art. Cependant ses sujets, érotiques et cruels, emprunts de sado-masochisme,
perturbent, sinon scandalisent. C'est l'un des actes de naissance d'un
nouveau fantastique fin-de-siècle : préciosité, cruauté,
exotisme, raffinement - souvent pervers - de l'écriture et des
sensations. Le décadentisme marque le retour de l'Esthétique
baroque. A certains égards, on est également très
proche de l'esthétique gothique de la fin du XVIIIème, dont
Beckford (avec son Vathek)
est l'illustration.
R.-L. Stevenson [ à developper]. Aventures écossaises
(dans la lignée de Walter Scott) - Clair-obscur (dans la lignée
d'Hawthorne et Melville). Un décadentisme un peu à part
: pas de préciosité ni de manièrisme chez Stevenson..
 n
1890, Audrey Beardsley et Oscar Wilde publient une revue qui va s'affirmer
comme le fer de lance de l'avant-garde anglaise, The Yellow Book.
Dans cette revue, on rencontre des auteurs comme Max Beerbohm (1872-1954),
Henry James (1843-1916), John Buchan (1875-1940), H.G. Wells (1866- 1946)
et W.B. Yeats (1865-1939). Pourquoi jaune ? Il semble que ce jaune réfère
à la couleur des couvertures des livres français de l'époque.
C'est notamment le cas des éditions Charpentier et des éditions
d'Alphonse Lemerre, ce dernier publiant notamment Charles Baudelaire,
Barbey d'Aurevilly, Gustave Flaubert. Ce jaune n'est pas solaire mais
pastel, pâle et maladif. Son symbolisme n'est pas celui de la lumière,
mais celui de la trahison, de l'ambiguïté, de la "twilight
zone". C'est un jaune crépusculaire, un peu avant la nuit
ou encore un
éclairage artificiel, une "fausse lumière", à
la bougie. Il me semble par ailleurs remarquable que cette couleur soit
la même que celle du "salon jaune" de La Fortune des
Rougon, d'Emile Zola. Quoiqu'il en soit, il semble bien que ce "jaune"
réfère bel et bien à l'esthétique française
d'alors. Il faut souligner combien l'influence française est grande
à cette époque. Dans le parcours d'un artiste anglais ou
américain d'alors, le passage à Montmartre semble bien être
une étape obligé : il faut y connaître le guignon
et les ateliers de peintures non chauffés, les cafés comme
le Chat Noir ou le Lapin Agile - où les artistes se retrouvent
autour de l'absinthe - et la vie libre du concubinage. Il faut aller tâter
de cette vie de bohème. R. L. Stevenson, Henri James, Oscar Wilde,
Max Beerbohm et beaucoup, beaucoup d'autres viendront faire cette expérience.
;
Machen ; Dunsany ; Hodgson. |
| |
écadentisme
américain : les 3 mousquetaires de Weird Tales |
Récits cataclysmiques de Jack London ; 
HPL. Ses référents
: les décadents anglais, les penseurs du XVIII. ;
Clark Ashton Smith : l'imagination comme fuite et comme Salut ; 
R. R Howard : race et décadence .
|
adaïsme
et Surréalisme |
| Hugo Ball & Tristan Tzara ; Breton, Artaud : redécouverte
du roman gothique (l'écriture automatique de Walpole) ; |
'ecole
belge. |
| Jean Ray, Thomas Owen |
près
guerre en France |
Claude Seignolle, A. P. Mandiargues, Hubert Juin, , Marcel
Brion ;
Une nouvelle génération vers la fin de années 60, avec
notamment Jacques Sternberg et Alain Dorémieux |
près-guerre
en Amérique |
Ray Bradbury ; R. Bloch
Les successeurs d'H.P.L. : Arkham House et le Mythe de Chtulhu, , Lin
Carter, Sprague de Camp, Donald Wandrei;
Richard Matheson ; Sturgeon ; Fredric Brown ;
Stephen King.
|
pilogue |
| ans
les années 1970, on voit une nouvelle floraison de littérature
fantastique ainsi que plusieurs essais critiques sur le sujet. On s'aperçoit
que le fantastique est partout, dans les formes d'art les plus diverses
dont le cinéma et la bande dessinée. On observe deux phénomènes
manifestement liés. Tout d'abord l'apparition d'un genre d'horreur,
"gore" vers les années 50-60 dont Robert Bloch puis Stephen
King ont été les grands initiateurs. Ce genre, qui constitue
aujourd'hui le catalogue de nombreuses collections, présente plusieurs
points de divergence avec le Fantastique romantique ou décadent,
ce qui lui donne son caractère propre (si "propre" peut
s'appliquer au "gore"), mais aussi de très nombreuses
convergences. Il n'est pas, à mon avis, à distinguer fondamentalement
du Fantastique en tant que nébuleuse thématique. Dans le
même temps, le Fantastique sous ses formes les plus classiques est
devenu à part entière un ingrédient littéraire
comme un autre. Un très grand nombre de romans contemporains ne
se présentant pas comme des textes fantastiques, recèlent,
à divers degrés, des éléments et des procédés
empruntés au Fantastique. Autrement dit, ces deux phénomènes
(apparition d'une "infralittérature" gore et pleine absorbtion
du Fantastique dans le champs littéraire) témoignent de
ce que le Fantastique est devenu, dans les cinquantes dernières
années, un élément de la culture commune. Force est
aussi de constater que le Fantastique est aujourd'hui surtout représenté
aux Etats-Unis : il suffit pour s'en convaincre de regarder les auteurs
présents dans les rayons des librairies.
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